A seasonal calendar produced by the participants, showing the evolution of the growing season for pea and tomato production, as well as the importance of weather conditions at each step.

Les agriculteurs haïtiens s’engagent dans un projet de renforcement de la résilience face aux risques climatiques

In English
Women farmers review weather data as part of the climate risk training.

Les agricultrices examinent les données météorologiques dans le cadre de la formation sur les risques liés au climat. (Photo AREA)

Les agriculteurs haïtiens vivent dans un des pays les plus vulnérables au monde face aux conséquences du réchauffement climatique.

Des phénomènes météorologiques de plus en plus imprévisibles et violents – tels que des tempêtes tropicales, des inondations et des sècheresses intenses – menacent la productivité agricole dans un pays où plus de la moitié de la population est en proie à une insécurité alimentaire chronique. En effet, Haïti est classé en deuxième position par rapport au pays les plus touchés par les phénomènes météorologiques extrêmes de 1996 à 2016 selon le dernier indice de risque climatique mondial mis au point par l’ONG Germanwatch.

Le défi à relever est particulièrement difficile : La majorité de la population haïtienne dépend de l’agriculture pluviale pour survivre. Pourtant, la plupart d’entre eux ne reçoit que très peu d’informations sur le risque de pluies précoces ou tardives, de périodes sèches ou de températures déviant de la moyenne ou même sur la façon de faire face à ces intempéries.

En dépit de l’inévitable impuissance à réduire les risques d’intempéries, quelques agriculteurs haïtiens apprennent à utiliser une nouvelle approche introduite par le projet Appui à la Recherche et au Développement Agricole (AREA) de Feed the Future Haïti, qui vise à les aider à adapter leurs pratiques agricoles face à la variabilité croissante du climat.

En Décembre 2018, des chercheurs du projet AREA ont lancé le programme PICSA (Services Climatologiques Participatifs et Intégrés pour l’Agriculture), qui consiste en un apport de données historiques et de prévisions climatiques pluri-échelle et d’outils favorisant la prise de décision au sein d’une discussion avec les agriculteurs sur les options de cultures, élevage ou autres moyens de subsistance et de pratiques agricoles locales appropriée, qui visent à accroitre la résilience.

Des outils favorisant une prise de décision informée

Farmers collaborate on developing a seasonal calendar showing likely weather conditions and the corresponding farming activities.

Les agriculteurs développent ensemble un calendrier saisonnier indiquant les conditions météorologiques probables et les activités agricoles correspondantes. (Photo AREA)

L’idée est simple: en fournissant aux agriculteurs des outils participatifs et des informations essentielles, telles que des probabilités historiques de début et de durée de la saison de croissance et la probabilité que les précipitations soient supérieures ou inférieures à la moyenne pendant la saison à venir – choses qui ont tendance à varier considérablement d’une année à l’autre — nous leur donnons la capacité de prendre des décisions plus éclairées. Munie de données météorologiques spécifiques à un lieu et d’options locales, une agricultrice a la possibilité d’estimer la probabilité de perdre sa récolte de maïs en raison de précipitations insuffisantes au cours de la saison à venir. Sachant cela, elle pourrait choisir de planter moins de maïs et une culture plus résistante à la sécheresse, telle que le sorgho.

L’approche a été développée par des chercheurs de l’Université de Reading en Angleterre, qui a été recrutée de concert avec les agents du Service Météorologique et Hydrologique d’Haïti (UHM) pour accompagner AREA dans la mise en œuvre des formations PICSA en Haïti.

Depuis le lancement de PICSA avec 18 paysans vulgarisateurs et représentants d’associations paysannes dans la région de Kenscoff, ces paysans ont à leur tour formé plus de 300 agriculteurs lors de plus de 45 ateliers de suivi. Au cours de ces formations, les agriculteurs apprennent à:

  • Calculer les probabilités et les risques ayant rapport à la date de début et à la durée de la saison agricole ainsi que la quantité de pluie prévue.
  • Interpréter les prévisions de précipitations et de températures sur sept jours et trois mois.
  • Élaborer une matrice d’options ayant rapport à des cultures ou des élevages alternatifs, ou même à des modifications de leurs moyens de subsistance.

Enfin, les agriculteurs repartent chez eux avec leurs propres cartes de ressources, calendriers saisonniers, des prévisions des conditions climatologiques, et une liste d’options personnalisées qu’ils peuvent utiliser pendant la saison agricole pour réduire les risques liés au climat, améliorer les rendements et augmenter les revenus.

Une grande diversité de participants
Trained paysans vulgarisateurs fill out a participatory budget according to the PICSA approach.

Trained paysans vulgarisateurs fill out a participatory budget to evaluate and select options with the highest chance of profit or the lowest risk of losses. (AREA photo)

Les agriculteurs participant à la formation représentaient un échantillon varié des agriculteurs de la région et provenaient de régions géographiques diverses. Certains disent que la sécheresse représente leur plus gros problème, alors que d’autres rapportent l’excès de pluie. Certains ont grandi dans des fermes, tandis que d’autres sont relativement nouveaux dans l’agriculture. Mais ils ont tous reconnu qu’ils étaient exposés à des périodes de pluie et de sécheresse plus extrêmes et plus variées, ainsi qu’à l’impact de tempêtes majeures telles que l’ouragan Matthew, qui a entraîné une destruction généralisée des cultures dans le sud d’Haïti en 2016.

“D’après moi, si le climat continue de changer comme il le fait aujourd’hui, cela rendra les choses plus difficiles pour nous”, a déclaré le fermier de longue date, Laurent Pierre Jean Robert, en créole haïtien. Il est président d’une association d’agriculteurs appelée Union Citoyenne pour le Développement de Grand Fond et a participé au premier atelier PICSA de cinq jours en décembre, à Kenscoff, une zone rurale montagneuse située au sud-est de Port-au-Prince.

Pour illustrer les risques élevés auxquels les agriculteurs sont exposés chaque saison de croissance, Mr Robert mentionne qu’au cours du premier semestre de 2018, ses cultures avaient été détruites en raison du manque de pluie, mais qu’il avait été en mesure de récolter une deuxième récolte car les pluies avaient commencé en septembre. Comme la plupart des agriculteurs haïtiens, Robert n’a pas accès à l’irrigation et doit compter exclusivement sur la pluie pour arroser ses cultures, notamment les haricots, la laitue et les pommes de terre.

“La formation nous a aidé à comprendre des choses que nous n’avions pas comprises auparavant, à savoir comment planter de façon à éviter les pertes”, a déclaré Robert. “Nous espérons que d’autres agriculteurs seront formés et pourront ainsi s’adapter au changement climatique.”

Les formateurs de la formation inaugurale consistaient en des membres du personnel d’AREA, des météorologues du Service Météorologique et Hydrologique d’Haïti (UHM) et de Graham Clarkson, chercheur à l’Université de Reading et co-développeur de PICSA. Clarkson, qui a formé des petits exploitants agricoles dans des pays en développement tels que le Ghana, le Malawi, le Rwanda et la Tanzanie, s’est dit impressionné par l’enthousiasme des participants à partager ce qu’ils avaient appris.

“Les participants ont pu constater la valeur de l’approche et désiraient mettre en œuvre ce qu’ils avaient appris avec leurs groupes d’agriculteurs”, a déclaré Clarkson.

A leur tour, les agents vulgarisateurs répliquent les formations PICSA auprès des agriculteurs au sein de leurs propres associations paysannes.

Après avoir suivi la formation, Case Marthe-Dala Abraham, agricultrice et dirigeante d’une association paysanne, présente ce qu’elle a appris à un groupe d’agriculteurs lors d’une journée sur le terrain. AREA utilise une approche durable de «formation de formateurs» pour aider les agriculteurs à gérer les risques climatiques. (Photo AREA)

Depuis sa formation, Case Marthe-Dala Abraham, dirigeante de l’association des producteurs de légumes biologiques de Kenscoff, a formé plusieurs groupes d’agriculteurs à la démarche.

“Je me dois de dupliquer cette formation”, a déclaré Abraham. “Je pense que les informations climatiques aideront les agriculteurs à élaborer un calendrier culturel et qu’il est important de savoir où vous pouvez vendre ce que vous produisez à partir de vos parcelles.”

Abraham ne s’est lancé dans l’agriculture que récemment. Après le séisme de 2010 qui a dévasté Port-au-Prince et d’autres régions d’Haïti, elle a décidé de s’installer dans une zone rurale, loin de la capitale congestionnée d’Haïti. “Depuis 2010, je rencontre des difficultés lorsqu’il n’y a pas assez de pluie”, a-t-elle déclaré, “et aussi en raison de mon manque d’expérience dans le domaine.”

En revanche, Raymonde Moïse, présidente de l’association des paysannes de Furcy, pratique l’agriculture depuis l’âge de 12 ans, quand elle a accompagné ses parents sur le terrain et a appris à contribuer à la gestion d’une exploitation rentable et productive. Elle cultive maintenant des pommes de terre, du maïs, du chou et des pois sur environ un hectare.

“Je ne pense pas que tout le monde sera capable de s’adapter au changement climatique. Nous devons pouvoir planifier en fonction des conditions météorologiques, ce que tout le monde ne pourra pas faire.”

L’apprentissage de nouvelles techniques et l’utilisation d’outils de planification plus intelligents peuvent faire toute la différence entre succès et échec, a-t-elle déclaré.

Abraham était du même avis. D’après elle, les agriculteurs peuvent apprendre beaucoup les uns des autres lorsqu’ils cherchent des moyens de s’adapter à l’évolution des conditions.

“Je pense que si les agriculteurs sont sensibilisés au changement climatique, ils pourront y faire face”, a-t-elle déclaré.

En présentant cette formation aux agriculteurs et aux dirigeants d’associations agricoles, l’équipe de recherche d’AREA espère faire précisément cela et rendre l’agriculture plus durable dans un pays qui souffre depuis longtemps de l’insécurité alimentaire.

Je vous invite à me suivre sur Twitter @staub_caroline.

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— Contributeurs: Charles Boisseau, responsable de la communication du projet AREA, a révisé cet article et Anne Gilot, spécialiste de l’évaluation d’AREA, a interrogé des agriculteurs en créole.

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